Amkoullel, l'enfant peul, d’Amadou Hampâté BÂ, Actes Sud
Un jour, le maître, après une lecture expliquée, demanda à chaque élève de trouver un verbe et de le conjuguer au présent de l’indicatif. Chacun s’exécuta tant bien que mal. Quand ce fut le tour de Moussa, il se leva avec précipitation.
« As-tu trouvé un verbe à conjuguer ? lui demanda le maître.
- Oui, monsieur.
- Et quel verbe as-tu trouvé ?
- Le verbe… le verbe…cabiner, monsieur ! »
Monsieur Moulaye Haïdara en ouvrit tout grands ses yeux et même sa bouche.
« Ah oui ? Eh bien, conjugue donc ce verbe au présent de l’indicatif et au futur. »
Tout fier, Moussa se mit à décliner :
« Je cabine, tu cabines, il cabine, nous cabinons, vous cabinez, ils cabinent ! »
Le maître, dont le caractère était rien moins que patient et dont les nerfs s’enflammaient vite, commençait à mordiller sa lèvre inférieure, signe évident de colère, et à triturer la liane qu’il tenait dans sa main. Moussa ne voyait rien. Tout heureux, il passa au futur : « Je cabinerai, tu cabineras… » Le maître bondit sur lui :
« Certainement, tu cabineras ! »
Et il se mit à le cingler si fort de sa liane que le pauvre Moussa, sous le coup de l’émotion, s’en oublia dans sa culotte et se mit à gémir :
« Yaa-yaa-yaaye… Monsieur ! J’ai cabiné ! Wallaye (par Dieu !) j’ai cabiné !... »